
Depuis cet été, nos collègues d’Airbus en Espagne (Getafe, Séville, Cadix, Illescas, Albacete) se mobilisent massivement pour défendre leurs conditions de travail, leur pouvoir d’achat face à l’inflation, et l’équité des accords au sein du groupe.
Alors que l’entreprise affiche une santé financière solide, en croissance forte et exige un engagement constant sur tous les sites européens, la direction tente d’imposer unilatéralement sans négociation des arbitrages au détriment des salariés.
En Espagne comme en France, les problématiques sont interconnectées : le pouvoir d’achat et les salaires avec l’exigence d’un rattrapage face à la hausse du coût de la vie, l’équilibre vie pro/vie perso des salariés avec le télétravail et enfin le maintien de l’emploi et de la charge de travail avec des effectifs suffisants pour faire face aux cadences de livraisons sans dégrader la santé des salariés.
La position de l’UNSA Airbus
Pour l’UNSA, l’Europe d’Airbus ne doit pas être une compétition sociale entre les pays, mais un modèle d’intégration solidaire. La politique de réduction des coûts ne peut pas être la seule réponse de la direction aux enjeux industriels.
La réussite industrielle d’Airbus repose sur le savoir-faire de l’ensemble des salariés, quel que soit leur pays. La justice sociale et le respect des droits des salariés ne s’arrêtent pas aux frontières.
L’UNSA Airbus apporte tout son soutien aux collègues espagnols dans leur combat pour des conditions plus justes.
Résumé chronologique de l’escalade du conflit social en Espagne depuis juin 2026 :
Juin — Rupture du dialogue : Les négociations sur la révision de l’accord d’entreprise et les mesures de rattrapage d’inflation bloquent entre la direction d’Airbus et les représentations syndicales espagnoles.
1er juillet — Déclenchement de la grève : Début des premiers débrayages et arrêts de travail ciblés sur les 8 sites de production du pays pour exiger des revalorisations salariales et des garanties sur le télétravail. L’élément déclencheur a été la diffusion de la note interne signée par Guillaume Faury visant à restreindre le télétravail à une seule journée par semaine (contre deux à trois jours auparavant selon les accords locaux). Ctte note a été perçue comme partout ailleurs comme un recul social majeur et un acte d’autorité unilatéral remettant en cause les accords en vigueur. En Espagne, cette décision s’est ajoutée aux tensions préexistantes sur le pouvoir d’achat et l’inflation, la restauration, la rémunération lors des arrêts de travail et l’imposition de congés bloqués supplémentaires. Pour les syndicats espagnols, cette mesure sur le télétravail a symbolisé un mépris du dialogue social et un durcissement injustifié de la politique RH du groupe, provoquant un rejet massif chez les cadres et les administratifs (notamment à Getafe) et servant de catalyseur pour les débrayages de juillet.
Juillet & début août — Durcissement du mouvement : Les appels à la grève se poursuivent avec un fort taux de suivi. Les syndicats dénoncent un traitement inéquitable par rapport aux accords en vigueur sur d’autres sites européens du groupe, comme en France.
Mi-août — Échec de la médiation SIMA : Les sessions de conciliation devant l’organisme de médiation espagnol (SIMA) s’achèvent sans consensus, la direction maintenant des propositions jugées insuffisantes par la base.
25 août — Appel à la grève illimitée : Plusieurs syndicats majeurs (dont l’UGT et la CGT) franchissent un cap en appelant à une grève illimitée pour faire pression à l’approche du bilan industriel annuel.
4 septembre — Face au risque d’impact sur l’ensemble de la chaîne de production européenne, le ministre espagnol de l’industrie, Jordi Hereu, convoque d’urgence la direction générale (avec Guillaume Faury) et l’ensemble des syndicats majeurs (CCOO, UGT, SIPA, ATP). La réunion débouche sur la signature d’un pré-accord et la suspension des grèves dans l’attente du vote des salariés lors d’un référendum dans les prochains jours pour être définitivement ratifié. Si le vote du personnel valide ce texte, cela marquera la fin officielle de la grève et la reprise normale des activités industrielles.
Voici le compte-rendu du syndicat Espagnol ATP SAe et notamment le détail des propositions faisant l’objet du pré-accord lors de la réunion du 4 septembre 2026: https://airbus.unsa.org/wp-content/uploads/2026/09/2026-09-04-Resumen-de-la-reunion-en-el-Ministerio-del-4-9.pdf
« Chers collègues,
Après la réunion d’aujourd’hui 4/9 au ministère de l’Industrie, nous allons résumer brièvement ce qui s’est passé.
Étaient présents à la réunion : Pour le gouvernement, le ministre de l’industrie Jordi Hereu. Pour la Direction, Guillaume Faury (CEO Airbus), Carmen-Maja Rex (CHRO Airbus), et Francisco Javier Sánchez Segura (Président d’Airbus Espagne). Pour les syndicats, deux représentants pour chaque organisation (ATP-SAe, CCOO, SIPA et UGT).
Les syndicats CGT et UTIL n’ont pas assisté à la réunion, bien que leurs représentants étaient au Ministère. Selon des sources du ministère, ils ont refusé d’assister à la réunion, mais nous ne pouvons pas le constater.
Dans la partie essentielle de la réunion, le ministre a déclaré que la proposition qui est présentée est celle du gouvernement espagnol, et demande aux organisations présentes de la soutenir.
Les organisations présentes ont également fait savoir qu’il fallait reconstruire les relations et comprendre ce qui est arrivé pour arriver à cette situation, pour ne pas tomber dans les mêmes erreurs.
Nous sommes invités à communiquer le contenu de la proposition et réaliser des sessions d’information, et ainsi arriver en pleine connaissance de cause à un référendum formel pour l’ensemble du personnel.
On nous demande également d’évaluer les efforts et les investissements du gouvernement pour assurer l’avenir d’Airbus Espagne. Ils apprécient sa proposition comme étant juste, et il est convaincu de que les travailleurs vont l’apprécier positivement.
Pour conclure ce résumé, nous présentons le texte de la proposition présentée à la réunion:
Bradford (Allocation Pour Handicap Temporaire):
· La société a retiré son recours devant la Cour suprême.
· Suppression totale du retrait du complément.
· Remboursement des montants en octobre.
· Création d’un groupe de travail conjoint pour négocier un nouveau système de contrôle de l’absentéisme.
Salaires et redressement du pouvoir d’achat:
· Sur 4 ans.
· Engagement de paiement de l’IPC réel.
· Récupération du pouvoir d’achat de 7,95% répartie proportionnellement sur 4 ans, selon le détail ci-dessous.
· « Effet Avril » en 2028.
· 2026 (janvier) : IPC réel + 2%.
· 2027 (janvier) : IPC réel + 2%.
· 2028 (avril) : IPC réel + 2%.
· 2029 (avril) : IPC réel + 1,95%.
· Récupération du pouvoir d’achat en 4 ans.
· Pour toutes les années : 0,5% Révision individuelle du salaire + 0,5% Promotions.
· Prime : 2 000 € brut non consolidable payé en octobre 2026 pour compenser l’« effet avril » pour les salariés embauchés dans les entreprises à la date de validation par référendum.
Télétravail:
· Maintien de la politique de télétravail et respect des accords individuels, y compris 40 % de télétravail.
· Les accords individuels incluant 2 jours de travail à distance seront respectés.
· Cet engagement s’appliquera aux nouveaux arrivants.
Congés:
· Maintien de l’accord de congé existant, avec 2 semaines de congé obligatoire (au lieu de 3) et 2 semaines de congé flexible (au lieu de 1) + une rédaction plus précise, y compris la programmation des congés convenue entre le travailleur et son superviseur.
Les exigences commerciales et les circonstances personnelles seront également prises en compte. »
Service de restauration:
· Pour les employés n’ayant pas accès gratuitement à la cantine, réduction du prix du service de 5 € à 3,5 € à partir du 1er octobre.
· Les tarifs seront revus chaque année et le maintien des conditions les plus avantageuses pour nos employés sera assuré, tout en assurant la viabilité du service.
Transport et mobilité:
· Maintenance des itinéraires actuels.
· Négociation par l’intermédiaire des comités de mobilité pour apporter les ajustements nécessaires et analyser les besoins pour les périodes d’août.
Flexibilité des horaires de travail:
· Les postes qui, objectivement, sont compatibles avec une flexibilité volontaire à l’heure de début et de fin de la journée seront identifiés. Toutefois, cette mesure ne s’applique pas aux postes liés à la production, où il est nécessaire de garantir
continuité de l’activité productive et respect des horaires établis.
Projet Bromo:
· Pour les personnes qui adhèrent à la Joint Venture, maintien des conditions prévues dans la Convention Collective dès le premier jour et jusqu’à l’existence d’une nouvelle convention collective.
· Inclut le plein accès au marché intérieur de l’emploi d’Airbus, ainsi que le maintien de l’ancienneté, sans période d’essai.
Charges de travail à Cadix:
· Avant le 1er novembre 2026, les accords existants et les besoins futurs en matière d’activités seront analysés en commission.
Politique Salariale (PG-121):
· Une révision complète de la directive PG-121D (politique salariale) est prévue pour améliorer les progressions et les promotions. Les conditions salariales des LAM, des rouleurs et des ENDs seront également révisées.
· L’intention est de poursuivre les négociations sur un nouveau catalogue de postes. Pour le PG-22 (rémunération variable), un nouveau système de rémunération variable sera négocié.
· Les négociations avec les partenaires sociaux débuteront avant la fin de 2026.
Quelques articles de presse :
27 août : https://www.elmundo.es/economia/empresas/2026/08/28/6a90b54721efa0426a8b4589.html
31 août : https://www.elmundo.es/economia/empresas/2026/08/31/6a956c94e85ecefe308b4593.html
03 septembre 2026 : https://www.europapress.es/economia/noticia-airbus-da-cerrada-mesa-negociacion-huelga-rechazar-sindicatos-suspension-previa-20260902094340.html




