Hier s’est tenue la commission Participation sur les résultats 2025. Pour toutes les sociétés du Groupe, ce sera 2057 € bruts en moyenne (pour un salaire brut annuel de 66987 €) pour 12 mois de présence qui se décompose en :
1234.24 € de part fixe + 1,2283 % du salaire brut annuel
Tableau du montant de participation en fonction du salaire brut annuel ci-dessous:

Constituée d’une part fixe et d’une part proportionnelle au salaire, la participation comme l’intéressement est calculée au prorata du temps de présence et versée à tous les salariés en CDI, CDD et apprentis ayant une ancienneté minimale de 3 mois.
Le net est obtenu en retranchant 9.7% de CSG / CRDS. La somme peut être perçue sur le salaire de juin ou placée sur le PEG et/ou le PERCOL en tout ou partie.
Les choix de paie ou placement sont à effectuer sur le site AMUNDI entre le 19 mai (envoi des notifications) et le 2 juin 2026 inclus. Par défaut, sans choix de placement exprimé, 50% est placée sur le PEG, 50% sur le PERCOL La somme placée sur PEG et/ou PERCOL échappe à l’impôt sur le revenu.
L’an dernier, la participation avait été de 4473 € bruts en moyenne.
Pour expliquer ce chiffre extrêmement décevant (-54% / 2025) en regard des efforts des salariés et des très bons résultats du Groupe en 2025, la Direction met en avant l’impact de manière marquée des effets défavorables liés au taux de change (US Dollar / Euro) et les défis économiques et géopolitiques.
Les explications données par Airbus sont incomplètes. Et si les signataires de l’accord Participation s’émeuvent du faible montant 2025 et réclament une expertise, des explications, etc…, la solution se trouve dans la formule de calcul de l’accord qu’ils ont signé !
En réalité, la Participation est le résultat le plus favorable de deux modes de calcul : la réserve spéciale de participation légale et la réserve spéciale de participation dérogatoire.
Habituellement, la RSP dérogatoire est plus favorable que la légale, en 2025 c’est l’inverse, bien que les deux résultats soient proches et en forte baisse par rapport à 2024
1er mode de calcul : RSP Légale
La baisse de la Réserve Spéciale de Participation légale d’Airbus en 2025, alors que les bénéfices affichés sont en hausse, s’explique par les composantes techniques de la formule légale de participation en France (RSP légale = 1/2 × (B − 5% x C) × Ms / Va)
- B : Bénéfice net
- C : Capitaux propres
- Ms : Masse salariale
- Va : Valeur ajoutée
Voici les trois facteurs principaux qui expliquent cette baisse pour l’exercice 2025 :
a. La hausse des capitaux propres (C)
La formule légale déduit une rémunération forfaitaire de 5 % des capitaux propres (C) du bénéfice net. En 2025, les capitaux propres d’Airbus ont fortement augmenté grâce à la mise en réserve des bénéfices records des années précédentes. Cette augmentation mécanique de la déduction (les « 5 % de C ») vient réduire la base calculable de la participation, même si le bénéfice brut est stable ou en légère hausse.
b. Le poids de la Valeur Ajoutée (VA)
Le ratio Salaires / Valeur Ajoutée (Ms / VA) est le dernier terme de la formule. En 2025, la Valeur Ajoutée d’Airbus a progressé plus vite que sa masse salariale, notamment grâce à l’augmentation des prix de vente et à l’amélioration des marges opérationnelles. En conséquence, la part du gâteau revenant mathématiquement aux salariés via la formule légale diminue, car le poids relatif des salaires dans la richesse créée par l’entreprise a baissé.
c. Les charges financières et fiscales non récurrentes
Airbus a enregistré en 2025 des charges importantes liées à la revalorisation comptable de ses instruments de change (environ 624 millions d’euros). Bien que ces charges soient « virtuelles » (non décaissées immédiatement), elles viennent amputer le Bénéfice Net Fiscal (B), qui est la base de départ de la formule de participation. Ainsi, le bénéfice retenu pour le calcul de la participation est inférieur au bénéfice « ajusté » que le groupe présente aux investisseurs.
En résumé : Airbus est plus « riche » (hausse des capitaux propres) et plus efficace (hausse de la valeur ajoutée), ce qui, paradoxalement, durcit les critères de la formule légale française et réduit le montant final distribué par rapport à 2024 !!!
2ème mode de calcul : RSP dérogatoire
la Réserve Spéciale de Participation (RSP) dérogatoire d’Airbus en 2025 est nettement inférieure à celle de 2024 alors que les bénéfices affichés sont en hausse. Cela s’explique par les composantes techniques de la formule (RSP dérogatoire = k * D)
D est constitué de :
- Σ des résultats d’exploitations des sociétés du périmètre de l’accord au titre de 2025
- +/- provisions pour pertes sur résultats de participation
- +/- Σ des résultats financiers
- +/- neutralisation des opérations et provisions sur titres
- – dividendes reçus
- + dotation des provisions de change année 2025
- – reprise sur provision de change année 2024
- – impôts théoriques
k dépend de la somme des résultats d’exploitation des sociétés, k = 10% pour une somme des résultats d’exploitation supérieur à 960 m€.
L’explication de la baisse en 2025 réside dans la structure du paramètre « D » de la formule et plus particulièrement dans le traitement comptable des taux de change.
a. L’effet de « ciseau » des provisions de change
La formule dérogatoire d’Airbus intègre spécifiquement les variations de change de deux manières opposées : Elle ajoute les dotations aux provisions de change de l’année en cours (+ dotation 2025). Elle soustrait les reprises sur provisions de l’année précédente (- reprise 2024). En 2024, Airbus avait constitué des provisions importantes. En 2025, la formule impose de déduire les reprises de ces provisions 2024. Ces reprises viennent réduire mathématiquement la base « D », et donc le montant final de la prime.
b. La neutralisation des résultats financiers
La formule indique : « +/- Σ des résultats financiers ». 2025 a été marquée par une dépréciation du dollar par rapport à l’euro. Pour Airbus qui a énormément d’actifs et de contrats en dollars, cela génère des résultats financiers négatifs (pertes de change comptables). Ces pertes viennent directement diminuer la valeur de « D ».
c. Les dividendes perçus des filiales (comme MBDA ou ArianeGroup) ont été plus élevés en 2025 qu’en 2024
Ces dividendes viennent en déduction de l’assiette de calcul « D ». Plus les filiales sont performantes et versent de dividendes à Airbus, plus la valeur de l’assiette de participation diminue.
En résumé : la baisse de la RSP dérogatoire en 2025 n’est pas due à une mauvaise santé d’Airbus, mais à une formule de calcul très sensible aux cycles comptables du dollar. Les provisions de change qui avaient « boosté » ou protégé le calcul en 2024 se transforment en « déductions » (reprises) dans le calcul de 2025, réduisant ainsi mécaniquement l’enveloppe distribuée aux salariés. L’autofinancement des investissements dans l’augmentation des capacités de production des avions et la hausse des dividendes perçus des filiales y contribuent aussi.
CQFD…
Voilà pour les explications. Il n’en reste pas moins que cette situation est très insatisfaisante et nécessite une réaction rapide pour corriger les biais du calcul de la Participation afin que les efforts des salariés soient correctement récompensés par une participation aux bénéfices qui reflète la réalité des résultats financiers qu’ils ont permis d’obtenir. Ce qui n’est clairement pas le cas aujourd’hui !
Retrouvez ICI le guide UNSA du placement 2026
Pour mémoire, les résultats synthétiques Airbus de ces dernières années en image :






