
Notre CEO ouvre sa lettre du 9 juin 2026 sur un premier trimestre « décevant » sur le plan financier. L’UNSA fait remarquer qu’il agite le spectre d’un début d’année difficile pour demander aux salariés de travailler « sans relâche », alors même que le carnet de commandes reste « immense » et « exceptionnel » selon ses propres mots. Pour l’UNSA, il faut que l’effort collectif demandé pour réussir « le plus gros second semestre de notre histoire » se traduise par une juste redistribution de la valeur produite et non par une politique salariale en dessous de l’inflation, un intéressement qui stagne ou encore par la chute de 54% de la Participation dans un contexte de résultats records en 2025.
Rappelons que les résultats décevants de ce début d’année en raison de la pénurie de moteurs et du chantage Chinois à la certification du Comac ne sont pas de la responsabilité des salariés. Rappelons aussi que l’exigence de rapidité demandée se fait souvent au détriment de la qualité. Et enfin, rappelons que le télétravail était une solution, alors qu’il deviendrait maintenant un problème au point d’être remis en cause ?
Le retour imposé à 4 jours sur site serait une régression inacceptable et contre-productive. Le télétravail est un acquis social majeur. Un accord d’entreprise, cela se négocie, cela ne se dicte pas par lettre unilatérale. Vouloir modifier l’équilibre vie professionnelle / vie personnelle par un simple appel à « l’honnêteté et la bienveillance » est un recul managérial et nous souhaiterions que la Direction s’applique à elle-même ce genre de considérations. L’UNSA rappelle que les salariés du spatial, de la défense et plus globalement de l’aéronautique ont prouvé leur efficacité en mode hybride. Réduire le télétravail au strict minimum sous prétexte que le hardware ne se « produit pas à domicile » témoigne d’une méconnaissance du travail d’ingénierie moderne, du développement logiciel et de la gestion de projet. C’est une vision aussi restrictive qu’inquiétante de l’entreprise. Sans compter que ramener massivement les salariés sur site 4 jours par semaine va saturer à nouveau les parkings et les axes de transports déjà chargés, générant fatigue, stress, baisse de productivité, pollution et perte d’économies pour les salariés comme pour l’entreprise.
Sur l’absentéisme, il ne faut pas inverser la cause et les effets. L’absentéisme est un signal d’alarme, pas une faute : un taux élevé dans certains services n’est pas un manque de conscience professionnelle des salariés, mais le symptôme direct d’une surcharge de travail chronique, de burnouts, d’une pression permanente sur les plannings de livraison et parfois aussi d’une forte démotivation liée au déclassement et sous-classements des postes, à la dévalorisation et manque de reconnaissance du travail des salariés et enfin à l’inefficience d’outils et process inadaptés. Si l’absentéisme traduit parfois le désamour de l’entreprise, il convient à celle-ci de s’interroger sur les raisons qui y conduisent. Accuser indirectement les salariés de surcharger leurs collègues est une méthode managériale culpabilisante que l’UNSA dénonce. Cela démontre d’ailleurs l’engagement et la résilience de ceux qui restent pour tenir les cadences. De même, l’absentéisme dans certains secteurs ne doit pas servir d’alibi pour, encore une fois, mettre à l’amende la majorité.
Enfin sur l’innovation, affirmer qu’une « bonne idée qui n’est pas alignée sur nos priorités est en réalité une mauvaise idée » pour ne pas gaspiller de ressources, reflète une vision ultra-court-termiste qui nous inquiète. Brider les initiatives individuelles et les projets exploratoires au nom de l’exécution immédiate du carnet de commandes met en péril l’Airbus de demain. Les ingénieurs & cadres ne doivent pas devenir de simples exécutants sous pression. La marche au pas cadencé sous la direction de chefs inspirés a montré ses limites tout au long de l’histoire industrielle.
Les salariés sont responsables et mobilisés, mais ils ne se managent pas à la baguette. Si Airbus veut de la qualité, de la rapidité et de l’engagement, il faut commencer par préserver leur santé, leur donner les moyens matériels et financiers des ambitions affichées et reconnaitre leur travail par une juste considération de leur poste et une véritable redistribution de la valeur produite, sans réserver celle-ci à la rémunération des mythiques actionnaires.
La performance économique durable ne se construit pas sur le recul social.




